L’avenir en devenir

L’AVENIR EN DEVENIR DE L’HOMME CRÉATEUR
CONSTRUIRE L’AVENIR
PARIER SUR L’HOMME
L’HOMME EN DEVENIR
L’AVENIR : Un pari sur l’Homme
PARIER SUR L’HOMME CRÉATEUR
LA CRÉATION AU POUVOIR
LE POUVOIR DE L’HOMME CRÉATEUR

LE PARI

Trois siècles après Pascal, l’enjeu est de croire ou non en l’Homme. Son approche raisonnĂ©e de l’Inconnu nous fait postuler aujourd’hui :
L’Homme est habitĂ© par l’Ă©nergie crĂ©atrice ou il ne l’est pas … Il faut parier… Pesons le gain et la perte…

Panier, c’est miser sur une hypothèse non encore vĂ©rifiĂ©e, c’est croire AVANT de constater : C’est le fondement mĂŞme de tout investissement, c’est l’acte du semeur qui ne verra les fruits des semailles que bien plus tard. Le semeur parie sur le pouvoir germinatif des graines semĂ©es, il parie aussi sur l’adĂ©quation du sol et du climat au dĂ©veloppement de la plante.

Parier sur l’énergie crĂ©atrice potentielle en chaque ĂŞtre, n’est pas un pari sans fondement. En de multiples occasions extrĂŞmes, dramatiques ou exaltantes, les ĂŞtres humains nous surprennent : parfois ils sont comme soulevĂ©s au-dessus d’eux-mĂŞmes, et se rĂ©vèlent plus grands, plus forts, plus riches que d’habitude. Ce qui est perçu dans les situations exceptionnelles nous autorise Ă  postuler l’hypothèse qu’ils sont peut-ĂŞtre tous et chacun habitĂ©s par un potentiel peu explorĂ© que nous appellerons : L’ÉNERGIE CRÉATRICE.

Refuser d’emblĂ©e l’hypothèse, c’est nous priver, si elle Ă©tait exacte, d’une source d’énergie encore inconnue.

Accepter l’hypothèse, c’est explorer cette nouvelle source d’Ă©nergie, si elle existe ; c’est dĂ©velopper une meilleure connaissance de l’Homme et de ses limites, si l’hypothèse se rĂ©vĂ©lait fausse.

Cet ouvrage a comme finalité de rendre disponibles les résultats des travaux menés depuis 1952, travaux engagés à la suite de ce pari : l’Homme est habité par des énergies encore peu explorées :

  • Que sont-elles ?
  • Comment fonctionnent-elles ?
  • Quels rĂ©sultats peut-on escompter de leur utilisation ?

Nous avons observé que ces énergies forment un système de systèmes interagissants dont les cycles du temps se déploient dans la durée.
Ce nouvel UNI-VERS est ternaire et multidimensionnel. Il a nécessité l’élaboration d’une nouvelle représentation du réel et une grille de lecture adéquate que nous avons nommée :
Structure de Conscience Différentielle.
Elle permet de distinguer pour unir. (2)
L’Ă©laboration de la structure de conscience diffĂ©rentielle doit beaucoup aux travaux de Carlos Suares (1), de Jean-Louis Tripon (2), de StĂ©phane Lupasco (3) et de Ludwig von Bertallanfy (4).
Le déploiement des cycles du temps dans la durée est basé sur les travaux de Jean-Charles Pichon (5), de Dane Rudyar (6), de Germaine Holley (7) et de G.C. Rapaille (8).

GRILLES DE LECTURE

Toute observation de la rĂ©alitĂ© est une lecture Ă  travers une grille ou une lunette. Nous ne prĂ©tendons Ă  aucune VÉRITÉ absolue. Nous livrons ce que nous avons vu, vĂ©cu et expĂ©rimentĂ© en utilisant d’autres lunettes. L’utilisation d’une lunette astronomique rĂ©vèle autre chose que l’utilisation d’un microscope sans pour autant infirmer les observations faites sous microscope.
Chaque grille de lecture, chaque représentation du réel ne donne des informations que dans sa propre relativité. Les connaissances acquises sont au mieux des Absolus-relatifs.

Si ces observations sont utiles Ă  ceux qui ont l’intuition du nouvel enjeu et leur permettent de fonder dans les dĂ©cennies Ă  venir le pouvoir Ă©volutif de l’Homme, ces travaux n’auront pas Ă©tĂ© vains.

LE CHANGEMENT D’AXE CULTUREL
OU LE DÉPLOIEMENT DU TEMPS DANS LA DURÉE

La culture occidentale est sous-tendue par les reprĂ©sentations judĂ©o-chrĂ©tiennes de l’Homme, essentiellement par celles de la relation de l’Homme avec ce qui le dĂ©passe : la Transcendance.

Deux aspects de ces représentations sont particulièrement présentes malgré le désintérêt croissant pour toute religion révélée :
Dieu le Père et Jésus-Christ le Médiateur. La troisième personne de la Trinité reste à venir.

Dieu a disparu des discours et même des préoccupations de la plupart des Occidentaux, mais la relation au Père reste omniprésente.

La relation au Père, au Patron, au PrĂ©sident, et en gĂ©nĂ©ral, Ă  toute autoritĂ©, reste calquĂ©e sur la relation archaĂŻque de l’Homme au Dieu de l’Ancien Testament : Soumission ou RĂ©volte. Les ĂŞtres humains du 20e siècle en attendent toujours la rigueur et la misĂ©ricorde, le courroux et le pardon.

MalgrĂ© la vogue qu’a connu l’imitation de JĂ©sus-Christ, la plupart des Occidentaux, y compris ceux qui se rĂ©clament du matĂ©rialisme historique, ne peuvent concevoir une relation directe entre l’Homme et la Transcendance.

JĂ©sus-Christ n’est plus très prĂ©sent dans les prĂ©occupations quotidiennes, mais la quĂŞte d’un mĂ©diateur, d’un reprĂ©sentant qui dĂ©pend les intĂ©rĂŞts des individus, d’un intermĂ©diaire entre l’individu et l’autoritĂ© est gĂ©nĂ©rale.

La relation de l’Homme avec son propre corps est mĂ©diatisĂ©e par le mĂ©decin ou le guĂ©risseur.

La relation de l’Homme avec son psychisme est mĂ©diatisĂ©e par les psychanalystes, les psychothĂ©rapeutes.

La relation de l’Homme avec la Transcendance est sous-traitĂ©e aux savants, aux maĂ®tres Ă  penser, et autres gourous.

Dans son enfance physique, le petit d’homme, n’a guère d’autre choix que de « subir pour avoir ». ([sg_popup id= »471″ event= »inherit »]Tableau n°8[/sg_popup])

Plaire, obĂ©ir et sĂ©duire les parents sont les outils indispensables au nourrisson et Ă  l’enfant poux obtenir d’eux les moyens de survivre. Il a besoin de biens matĂ©riels, de tendresse et de quelques informations sur le fonctionnement du monde.

Avec ces « Avoirs », il construit sa personnalitĂ©, s’essaye Ă  quelques stratĂ©gies personnelles pour mesurer son pouvoir sur son environnement et tenter d’obtenir davantage de richesses concrètes, sensibles ou conceptuelles.

Ses faibles moyens et sa personnalité encore floue lui forgent une représentation du monde où la survie ne peut être garantie que par la soumission à l’autorité.

L’adolescence se caractĂ©rise par les premières rĂ©voltes contre le père, plus gĂ©nĂ©ralement contre toute contrainte et toute autoritĂ©. Les avoirs, acquis par soumission, convenablement utilisĂ©s pour la construction de la personnalitĂ©, deviennent suffisants pour tenter les premières affirmations d’indĂ©pendance et dĂ©couvrir la facultĂ© de lutter contre ce qui est dĂ©sagrĂ©able. C’est l’âge du refus de se soumettre et l’exercice du pouvoir naissant.
Le laxisme du parents, la dévaluation de l’autorité parentale créent du trouble chez les enfants. Il leur manque des partenaires qui leur résistent et qui leur permettent de prendre la mesure de leurs forces et de leurs faiblesses.
Si rien ne rĂ©siste Ă  leurs assauts, si rien n’est Ă  conquĂ©rir, si tout est donnĂ© d’avance, ils ne peuvent pas se prĂ©parer Ă  l’adolescence.

En des temps moins troublĂ©s, les adolescents, après s’ĂŞtre opposĂ©s victorieusement aux parents, s’essayèrent aux jeux plus complexes des diffĂ©rentes conquĂŞtes : guerres, conquĂŞtes territoriales, conquĂŞtes sentimentales, conquĂŞte d’une place au soleil.

Il reste peu de parents Ă  affronter, plus d’indigènes Ă  dĂ©loger, plus de terres Ă  conquĂ©rir pour tester le pouvoir sur le monde. La conquĂŞte de diplĂ´mes pĂ©rimĂ©s avant d’être dĂ©livrĂ©s, la conquĂŞte de marchĂ©s plus ou moins artificiellement fabriquĂ©s par des campagnes publicitaires prĂ©sentent de moins en moins d’intĂ©rĂŞt pour les jeunes.

OĂą peuvent-ils prendre conscience de leurs limites ?
OĂą peuvent-ils montrer de quoi ils sont capables ?
Quels sont les lieux de victoires possibles ?
Quand ces lieux sont trouvés, quand les défaites et les victoires sont nettes et significatives, l’adolescent est ramené à lui-même. Il prend sa mesure, il apprend à connaître ses manques, ses failles, son talon d’Achille.

L’orgueil de l’adolescence se teinte d’humilitĂ©. La conscience des limites fait Ă©merger la conscience des espaces de libertĂ©, des lieux de pouvoir personnel. Un nouveau risque apparaĂ®t : ([sg_popup id= »476″ event= »inherit »]Tableau n°9[/sg_popup]) l’impulsion saine, initiale, d’utiliser « les Avoirs pour agir » /commence Ă  tourner en rond dans une inversion rĂ©gressive « D’agir pour avoir ». C’est la multiplication sans fin des mĂŞmes expĂ©riences,
Quête de l’accumulation sans autre finalité que la thésaurisation en vue de temps difficiles, et la compensation des frustrations, des troubles psychosomatiques et des pertes de vitalité.

L’idéal bourgeois, surtout de la petite bourgeoisie du tiroir-caisse n’a jamais su dépasser cette inversion régressive : la poursuite obsessionnelle d’accumuler plus de moyens sans jamais se poser la question de la finalité de la vie humaine ; accumuler pour compenser la peur de manquer.

Le monde ouvrier se mĂ©fie instinctivement de cet idĂ©al, il rejette l’avoir pour agir pour Ă©viter l’agir pour avoir. De plus en plus, il se laisse sĂ©duire sans grande conviction ; ses propres leaders l’y entraĂ®nent sans discernement.

La grande bourgeoisie a compris depuis longtemps que le développement intelligent des avoirs peut développer l’envergure des projets d’action. Elle cherche non à accumuler, mais à investir, elle ne cherche pas à consommer, mais à se déployer.

Bien qu’elle reste orientĂ©e positivement dans « Avoir pour Agir », acquĂ©rant l’argent, la puissance et la gloire, stimulĂ©e par le goĂ»t du risque de tout perdre, la plupart de ses membres vivent insatisfaits, effrayĂ©s Ă  l’IdĂ©e de ne pas pouvoir indĂ©finiment alimenter cette fuite en avant, effrayĂ©s Ă  l’idĂ©e de l’Infarctus, de la vieillesse et de la mort.
Elle fait envie plus qu’elle n’est enviable. Les enfants issus de la grande bourgeoisie ont Ă©tĂ© parmi les plus actifs en Mai 68. Eux connaissaient mieux que les autres les limites du système et savaient « qu’avoir plus » ne rĂ©solvait pas leur difficultĂ© de vivre.

La dĂ©cadence de l’Aristocratie au dĂ©but du règne de Louis XIV, la perte du sens et des fondements de la noblesse, nous privent depuis plus de deux siècles de l’idĂ©e mĂŞme de l’Ă©tape suivante : « Agir pour ĂŞtre ». ([sg_popup id= »477″ event= »inherit »]Tableau 10[/sg_popup])

L’adolescence, caractĂ©risĂ©e par l’apprentissage de la mise en mouvement des acquis pour agir sur l’extĂ©rieur, si elle est pleinement vĂ©cue, ramène l’individu Ă  lui-mĂŞme. Ceci enclenche une quĂŞte vers une meilleure connaissance de sol, un dĂ©sir de se rencontrer et la dĂ©couverte de la possibilitĂ© d’agir pour ĂŞtre.

L’action sur l’extérieur est relativisée, elle change de nature et de signification. Elle devient signe, discours et champ d’expérience de la conquête Intérieure, de la maîtrise des sentiments et des concepts.

La finalitĂ© d’exprimer et d’expĂ©rimenter le pouvoir sur le monde qui guide l’étape de l’adolescence est remplacĂ©e par la finalitĂ© d’exprimer et d’expĂ©rimenter le pouvoir sur soi-mĂŞme.

La compĂ©tition, attitude caractĂ©ristique de la phase de conquĂŞte extĂ©rieure oĂą chacun se compare Ă  l’autre, est remplacĂ©e par la recherche de l’évolution oĂą chacun se compare Ă  lui-mĂŞme dans la durĂ©e : explorant le diffĂ©rentiel entre ce qu’il fut, ce qu’il est et ce qu’il souhaite ĂŞtre un jour.
Dans la phase « Agir pour ĂŞtre », il n’y a plus ni rĂ©ussite, ni Ă©chec, mais un lent cheminement vers l’épanouissement et le dĂ©ploiement des multiples facettes de l’ĂŞtre conquĂ©rant sa souverainetĂ©, sa sĂ©curitĂ© ontologique et le plaisir de sa propre compagnie que nul abandon, nulle trahison, ne pourra plus perturber.
La qualité des choses, la qualité des relations entretenues avec soi-même et les autres devient primordiale. La grande découverte de cette étape est celle du temps, l’apprentissage de jouer des cycles du temps, de laisser maturer les choses, les événements et les êtres.

Il n’y a plus ni à convaincre, ni à contraindre, il s’agit d’apprendre à se donner des finalités, à se rendre apte intérieurement à les servir et à susciter les moyens nécessaires à les inscrire dans les faits.

Il n’y a plus Ă  se soumettre, ni Ă  s’imposer, il y a Ă  ĂŞtre et Ă  devenir ce que l’on souhaite profondĂ©ment ĂŞtre.

La relation au père est dĂ©passĂ©e, ni soumission, ni rĂ©volte, mais la conscience d’une souverainetĂ© identique Ă  celle du père qui se caractĂ©rise par le pouvoir d’instituer ses propres lois, ses propres règles sur son territoire : l’espace intĂ©rieur. Le père est devenu PAIR.

« Agir pour être accompli, la souveraineté explorée, la singularité assumée, un nouveau bouleversement se prépare. Apte à être pleinement lui-même et adéquat à ses propres projets, l’être s’interroge sur ses critères de choix ; pourquoi tel projet plutôt que tel autre envisageable.

Durant toute la phase de l’exploration intérieure, les projets réalisés lui fournissent les occasions de déceler ses manques et l’incitent à se dépasser. Une fois ses énergies intérieures maîtrisées, Il lui faut trouver un nouveau référentiel, une nouvelle finalité.

Une nouvelle dimension de la vie humaine lui apparaît : son appartenance à l’espèce. Changement de relativité encore plus impressionnant que celui qui s’impose lors du passage de la conquête extérieure à l’aventure intérieure.
La conquĂŞte extĂ©rieure est une conquĂŞte spatiale, la conquĂŞte intĂ©rieure est la dĂ©couverte d’un espace d’une autre nature, Ă  observer dans la durĂ©e et le devenir. La quatrième Ă©tape est un changement temporel, la dĂ©couverte de la multiplicitĂ© des temps. Elle est aussi l’ouverture sur la multiplicitĂ© des reprĂ©sentations du rĂ©el, leur importance relative et l’aptitude Ă  changer de relativitĂ©. ([sg_popup id= »478″ event= »inherit »]Tableau n° 11[/sg_popup])

Après avoir explorĂ©, durant la phase de maturitĂ©, l’exercice du pouvoir, la maĂ®trise de son monde intĂ©rieur, l’ĂŞtre dĂ©bouche dans une relativitĂ© toute autre oĂą iI se dĂ©couvre cellule infime mais non insignifiante d’un grand corps qu’est l’humanitĂ© Ă  peine adolescente.

Une autre lecture de l’Histoire lui devient accessible, une nouvelle relation à la Transcendance émerge à sa conscience. Il doit explorer une nouvelle relativité du temps. La Grande Année de l’Humanité représente près de 26000 ans de vie individuelle. Deux mille ans d’Histoire à l’échelle humaine ne représentent que trente jours.

Une vie humaine de 72 ans correspond à 24 heures de l’Espèce.

Une vie est comme un jour. Une journĂ©e de 72 ans oĂą l’espèce est en vacances ou en activitĂ© intense reprĂ©sente poux l’homme l’histoire d’une vie.

La deuxième guerre mondiale avec tous ses drames et ses victimes n’a pas durĂ© deux heures.

Qu’est-ce qui est important dans celle relativité-là ?

Quel est le sens d’un drame personnel, d’une Ă©pidĂ©mie, d’une grande invention, lorsque la deuxième guerre mondiale n’est qu’un abcès et une petite cicatrice.

L’HumanitĂ©, en sa grande majoritĂ©, se vit encore en enfance, en quĂŞte d’un Père nourricier. Elle recherche souvent un père inaccessible dans le Ciel, et quelques reprĂ©sentants sur la Terre : les grandes organisations internationales, « il papa », les rois et les empereurs, les États-papa, les chefs d’entreprise-patrons et tous les PrĂ©sidents des grandes et petites associations.

L’Occident, depuis 2000 ans, (moins d’un mois Ă  l’Horloge cosmique), semble avoir une lĂ©gère avance. Seule une partie des Occidentaux est encore convaincue qu’il faut « Subir pour Avoir ».
En France plus qu’ailleurs encore, la rĂ©volte contre le père est amorcĂ©e. Un petit retour de quelques heures (1 heure = 3 ans) vers une plus grande demande d’assistanat n’est pas plus significatif que les balbutiements d’indĂ©pendance des jeunes adolescents, entrecoupĂ©s par des retours au foyer poux se faire dorloter entre deux rĂ©voltes.

Quel acte plus symbolique que la mise à mont du Roi ? Le meurtre du père auquel chaque adolescent doit se confronter. Acte suivi de peu, comme par un écho, de la proclamation de la mort de Dieu par Marx et Nietzsche !

La relation des êtres humains avec l’organisation sociale te développe, selon le même processus.

La première étape est de « subir pour avoir » une formation, un salaire, de la considération, un statut, une investiture. Arrivés à un degré d’ « avoir-total » suffisant, les êtres humains peuvent utiliser les acquis pour agir. Ils briguent alors des responsabilités et cherchent à mobiliser des suiveurs qui décuplent leurs énergies poux la réalisation des projets sociaux. Leur réussite est liée à leur pugnacité et à leur charisme.

Le passage du « subir pour avoir social » à l’ « avoir pour agir social » est directement lié au degré d’évolution personnel des acteurs sociaux.

Certains choisissent d’intervenir dans la vie sociale seulement lorsqu’ils sont eux-mĂŞmes dans la phase d’ « agir poux ĂŞtre » ou mĂŞme dans celle d’ « ĂŞtre poux servir ».

Les premiers sont les crĂ©ateurs qui, par leurs Ĺ“uvres, tentent d’exprimer leur monde intĂ©rieur (3). Leur rĂ©ussite est liĂ©e Ă  la profondeur de leur rencontre avec eux-mĂŞmes et Ă  l’aptitude Ă  mobiliser les Ă©nergies personnelles pour une idĂ©e, une intuition qu’ils sont longtemps seuls Ă  porter.

Toujours en avance sur leur époque, leurs œuvres ne sont souvent reconnues qu’à la fin de leur vie ou même après leur mort. Ils sont créateurs d’entreprises, d’institutions ou d’associations, d’objets d’art ou techniques, de systèmes scientifiques, politiques, économiques ou philosophiques.
Au lieu d’organiser et de gérer le déjà-là, ils jettent les bases de l’avenir social des décennies ou des siècles à venir et manifestent l’immanence.

en annexe (3) Les pouvoirs du rĂŞve Thierry Gaudin

Ceux qui interviennent socialement seulement dans leur phase personnelle d’ĂŞtre pour servir restent inconnus de l’histoire Ă©vĂ©nementielle. Ils sont profondĂ©ment reliĂ©s Ă  la Transcendance et Ĺ“uvrent hors du visible. Ils favorisent le dĂ©veloppement du « Verbe », entrent en rĂ©sonance avec certaines vibrations subtiles.
Ils n’ont pas d’avis sur les Ă©vènements, pas de prĂ©fĂ©rence personnelle. Ils vivent dans l’impersonnel et servent l’Ă©volution de l’Espèce qu’ils ont appris Ă  dĂ©coder. Ils ne s’intĂ©ressent aux destins individuels ou aux destins collectifs que pour y dĂ©celer les ferments porteurs d’avenir pour l’HumanitĂ© toute entière.
Les organisations sociales elles-mêmes varient selon le degré d’évolution des êtres humains qu’elles sont censées organiser et plus particulièrement selon la proportion de la population répartie dans les différents types de relation précédemment décrites.

L’accroissement considérable, durant les derniers siècles, du nombre de personnes aptes à utiliser leurs acquis sociaux pour agir dans des projets collectifs, semble arrivé à un effet de seuil.
Il rend les anciennes organisations sociales inadaptées et crée une pression sociologique considérable vers la recherche de nouveaux types d’organisation sociale, dans les entreprises, dans les institutions et dans les états.

En fonction de son passé historique, Il parait vraisemblable que la France puisse devenir le lieu de l’élaboration du nouveau prototype organisationnel dont l’humanité se servira pour sa prochaine étape évolutive.

Depuis 1791, la France a proclamé la souveraineté Individuelle après que les États-Unis d’Amérique aient proclamé la souveraineté des peuples en 1776.
La souverainetĂ© individuelle est le fruit de l’Ă©tape personnelle d’« agir pour ĂŞtre ». L’InterdĂ©pendance entre l’évolution individuelle et l’organisation sociale lie les conditions de l’aventure de l’évolution personnelle vers la souverainetĂ© individuelle Ă  l’évolution de l’organisation sociale vers une organisation favorable Ă  cette souverainetĂ© individuelle.

Une sociĂ©tĂ© bloquĂ©e, en crise, tĂ©moigne de l’inadaptation de l’organisation sociale au degrĂ© d’Ă©volution et au dĂ©clin d’Ă©volution des personnes. Une attitude rĂ©solutoire passe par la transformation des relations entre les individus et les organisations sociales avant d’envisager la transformation des organisations de manière arbitraire.

Pour rĂ©pondre Ă  cette nĂ©cessitĂ©, l’humanitĂ© devra se doter d’une nouvelle logique. L’outillage conceptuel linĂ©aire et binaire, actuellement disponible n’est pas adaptĂ© Ă  cet enjeu. Elle aura besoin d’une autre reprĂ©sentation du rĂ©el, articulĂ©e sur une logique ternaire et multidimensionnelle.

Celle-ci ne viendra en rien infirmer les observations obtenues par la représentation linéaire et binaire, elle en fera découvrir les limites en ouvrant de nouveaux espaces de liberté à explorer.

 

Une logique ternaire et multidimensionnelle

La logique aristotĂ©licienne s’articule sur l’axiome du tiers exclu. RelayĂ©e par la logique cartĂ©sienne, elle a permis un essor extraordinaire du savoir explicatif rigoureux qui fonde la pensĂ©e scientifique.
Depuis quelques dĂ©cennies les dĂ©couvertes scientifiques battent en brèche le mythe de l’homme observateur-objectif.
L’interaction de l’homme-observateur et de l’objet-observĂ© se rĂ©vèle de plus en plus ([sg_popup id= »480″ event= »inherit »]Tableau 7[/sg_popup]).
Il ne s’agit plus seulement de distinguer rigoureusement, mais de distinguer pour unir ce qui nĂ©cessite un outil permettant d’explorer les interactions.
Ludwig von Bertalauffy par la ThĂ©orie GĂ©nĂ©rale des systèmes a jetĂ© les bases d’un premier outil conceptuel permettant de percevoir Ă  la fois l’ensemble, et les Ă©lĂ©ments constitutifs de l’ensemble. Cet outil permet de reprĂ©senter que la somme des Ă©lĂ©ments est diffĂ©rente de l’ensemble lui-mĂŞme.

La structure de Conscience différentielle repose sur un postulat permettant de distinguer pour unir. Il peut s’énoncer ainsi :

Il est possible de considérer toute manifestation sous trois aspects différents conçus comme co-existants et interagissants.
Leur coexistence et leur interaction forment un ensemble ternaire, d’ordre plus complexe. Cet ensemble lui-mĂŞme peut ĂŞtre mis en relation avec deux autres ensembles ternaires de mĂŞme ordre de complexitĂ©, mais de nature diffĂ©rente, de telle manière qu’apparaisse un nouvel ensemble d’un ordre de complexitĂ© supĂ©rieur.
Cette démarche repose sur une certaine utilisation de la pensée analogique.
Noua pouvons ainsi considĂ©rer qu’en tout instant l’être humain dispose, qu’il en soit conscient ou non de trois types d’Ă©nergie fondamentales :
– les Ă©nergies causales
– les Ă©nergies d’émergence
– les Ă©nergies d’aspiration.
La dynamique des Ă©nergies causales correspond Ă  la reprĂ©sentation de la physique classique – elle sous-tend toutes les reprĂ©sentations mĂ©canistes – Elle obĂ©it Ă  la loi d’entropie et mène de l’ordre vers le dĂ©sordre et in fine vers la dislocation.
Elle sous-tend tout ce qui obéit aux cycles : ensemencement, naissance, maturité et mort. L’impulsion se situe dans le passé.
Elle se représente en général par des dérivées de la courbe de Gauss de la spirale ou du cercle.

Mais nous pouvons observer que dans le même instant t, d’autres énergies sont en action.

La dynamique des Ă©nergies d’émergence correspond Ă  la reprĂ©sentation de la physique quantique et de l’indĂ©termination d’Heisenberg. Analogique Ă  l’énergie Ă©lectrique, elle ne peut ĂŞtre stockĂ©e. C’est ce que l’on nomme gĂ©nĂ©ralement l’énergie vitale. L’impulsion se situe dans le prĂ©sent. Elle n’est pas directionnĂ©e. Elle anime les autres Ă©nergies. Les Ă©nergies causales lui servent de support. Elle se reprĂ©sente par des points.

Le dĂ©sir de voir crĂ©e l’œil, la fonction crĂ©e l’organe. Cette notion est encore discutĂ©e, mais nous pouvons en tous les cas constater que les ĂŞtres humains sont capables de se projetez dans l’avenir et de se fixer Ă  l’Instant t des objectifs pour t + 1 (plus 1 jour, plus 1 an, plus 10 ans, etc.).
Ces projections sont plus ou moins opĂ©rantes sut la rĂ©alitĂ© qui sera manifestĂ©e – en t + 1 mais certainement pas nulles – En fait, elles libèrent les Ă©nergies d’aspirations qui correspondent en mathĂ©matique Ă  l’octave de Cayley et en biologie Ă  la nĂ©guentropie.
Elles agissent entre t et t + 1 comme une ancre jetée en avant.
Elles sous-tendent toutes les croyances et la foi. Elles permettent toutes les formes de direction. Elles réorientent les énergies causales en utilisant les énergies d’émergence.

L’introduction des énergies d’aspiration dans le processus énergétique permet de transformer la dynamique causale selon les principes qui sous-tendent l’investissement.
La dynamique de la causalité a elle-même ses causalités, ses émergences, et ses finalités.
La dynamique d’émergence porte en elle-même causalité, émergence et finalité.
La dynamique d’aspiration porte en elle-même aussi causalité, émergence et finalité.

Le point fictif d’interaction de l’ensemble des Ă©nergies n’est lĂ  que pour symboliser les multiples interactions entre ces diffĂ©rentes Ă©nergies.
Si certaines énergies sont plus développées que d’autres, la synthèse reflètera évidemment ce déséquilibre. Ceci permet de reconnaitre qu’aucun être humain ne pourra jamais déclarer «LA VÉRITÉ ». Chaque être humain, à un moment de son histoire personnelle délivrera sa vérité, sa synthèse personnelle du moment tributaire du développement harmonieux de ses énergies.

Le fait que plusieurs ou un grand nombre d’individus arrivent à la même lecture du réel ne plaide en aucun cas pour déclarer leur observation comme VÉRITÉ. Cela reflète au mieux qu’ils ont développé et / ou bloqué leurs énergies de manière identique.

Nous pouvons regrouper dans un grand triangle les énergies de même nature :

Les 3 types de finalité
Les 3 types d’émergence
Les 3 types de causalité

Cette grille de lecture, nous l’avons baptisée en 1976 Structure de Conscience Différentielle (v. Annexe Genèse d’un outil) en vertu du fait que la conscience naît par différence et qu’il s’agit d’une grille de lecture vide (elle n’indique pas ce que l’on va voir en l’utilisant).
Nous l’avons utilisée depuis à de multiples décodages du réel. Tout objet, tout être, toute entité peuvent être observés selon leurs aspects concrets (quantitatifs), sensibles (qualitatifs) et conceptuels (signification).

Elle nous a servi Ă  une reprĂ©sentation ternaire de l’Homme, des institutions et des civilisations. Le mental ou le discours institutionnel, point d’interaction, vaut ce que valent les diffĂ©rentes Ă©nergies co-existantes et inter agissantes. Une sensibilitĂ©, de perception formĂ©e Ă  cette grille permet de localiser les dysfonctionnements et les incohĂ©rences des discours et d’adopter une attitude positive et rĂ©solutoire.


Consciemment ou inconsciemment, ces différentes énergies et leurs déclinaisons (multiples de 3) sont co-existantes et inter agissantes à chaque instant en chaque être, en chaque Entité mais aussi en chaque objet aussi petit ou grand soit-il. Seule la pensée analogique permet d’en développer le décodage.
Cette représentation, pas plus qu’une autre, ne rend compte du RÉEL ni de toute la RÉALITÉ. Elle permet d’en appréhender de nouveaux aspects.

 

 

Seules les déclinaisons de ces trois énergies causales sont conscientisées. Le mental est un point d’interaction faible, partiel et pauvre. Toutes les autres énergies agissent néanmoins sans que l’enfant en soit conscient.

D’autres aspects de la causalité et leurs antagonismes apparents sont expérimentés et vécus.
La synthèse du mental se transforme.
La détermination, l’éthique, l’intuition symbolique et l’idéal restent inconscients et sont sous-traités aux groupes auxquels l’adolescent appartient.

Les contradictions n’apparaissent pas toujours entre les 2 pĂ´les de la base et certains antagonismes n’apparaissent pas du tout.

En tout Ă©tat de cause, il y a dĂ©couverte des multiples antagonismes dont l’être est le lieu, apparition et conscience de la bipolaritĂ© intime : extĂ©rieur – intĂ©rieur, corps – âme, quantitatif – qualitatif, visible – sensible, passĂ© – prĂ©sent. Les tensions deviennent insupportables.

Si une reprĂ©sentation ternaire n’est pas disponible, il y a occultation volontaire d’un des pĂ´les des antagonismes, fuite dans la schizophrĂ©nie ou plus gĂ©nĂ©ralement refus d’aborder cette phase d’Ă©volution.

Une représentation ternaire où le 3ème point est la conscience de la relation entre deux pôles antagonistes (l’arc électrique entre le pôle positif et le pôle négatif d’une batterie par ex. ou le projet pour deux parties antagonistes) permet de transformer le conflit en contribution d’importance relative.

Nietzsche a cherché cet « Au-delà du bien et du mal ». Ce troisième point est de l’ordre de l’intemporel, de l’Esprit, de la signification du conceptuel et de l’avenir.

 

Comme pour le tableau 9/9 bis, toutes les contradictions n’apparaissent pas de la même manière.

Mais « Agir pour être » se caractérise par la conscience de la bipolarité, c’est-à-dire qu’au moins un point quelconque des 3 éléments qui constituent le corps et un point quelconque des 3 éléments qui constituent l’âme sont conscientisés ce qui les rend perceptibles comme systèmes antagonistes.
En l’absence d’une vision ternaire, l’être humain passe de l’identification au corps Ă  l’identification Ă  l’âme. Ceci se traduit dans le discours par « J’ai une sensibilitĂ©, j’ai une âme » (ce qui indique l’identification au corps) Ă  « J’ai un corps » (ce qui indique une identification Ă  l’âme ayant un corps comme outil d’expression).

 

Dans cette Ă©tape, comme, dans les prĂ©cĂ©dentes, aucune des 27 Ă©nergies n’a le mĂŞme stade d’Ă©volution.

NĂ©anmoins l’outillage minimum pour dĂ©passer les contradictions permet une certaine sĂ©rĂ©nitĂ© dans le cheminement et une cohĂ©rence dans le discours. C’est ce stade qu’évoque HĂ©racIite lorsqu’il dit « Les hommes Ă©veillĂ©s n’ont qu’un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde. »

La crise de civilisation actuelle oĂą l’Occident dĂ©tient suffisamment de richesses matĂ©rielles pour ĂŞtre entraĂ®nĂ© vers des dĂ©couvertes plus subtiles et l’émergence de dĂ©sirs autres que quantitatifs, nĂ©cessite le passage de l’avant-garde très large des conquĂ©rants de «l’avoir pour agir » vers « l’agir pour ĂŞtre ».

Les conquĂ©rants ne pourront aborder l’exploration intĂ©rieure qu’en se forgeant de nouvelles armes. Les tanks et autres bombes n’y sont guère adaptĂ©s.

La vogue du «Here and now », de l’ici-maintenant des dernières dĂ©cennies n’a pas pu crĂ©er un mouvement significatif du corps social parce que dans une vision binaire, elle nĂ©cessite l’abandon du passĂ©, de la causalitĂ© et de la structuration.

Seule une vision ternaire, articulĂ©e par l’intĂ©gration du passĂ©, du prĂ©sent et de l’avenir, permettra Ă  l’HumanitĂ© de poursuivre son Ă©volution.

L’extraordinaire floraison des sectes, les voyages vers et avec la drogue sont directement reliĂ©s Ă  cette quĂŞte dĂ©sordonnĂ©e d’une issue qui vraisemblablement ne se trouve que dans une transformation de nos reprĂ©sentations du rĂ©el.

Inventer l’avenir en respectant les Ă©mergences du prĂ©sent et en intĂ©grant les acquis du passĂ© ou vivre pleinement le prĂ©sent en l’orientant vers un avenir qui s’appuie sur les acquis passĂ©s ou poursuivre l’œuvre de nos ancĂŞtres avec le dynamisme actuel dĂ©cuplĂ© par nos aspirations vers un avenir souhaitable ne sont que trois manières diffĂ©rentes de combiner dans l’instant l’ensemble de nos Ă©nergies pour vivre pleinement au-delĂ  des hantises de la survie.

Elisabeth MEICHELBECK